Un entre-deux

Ça restera entre nous

Grandir m’a fait perdre le nord

Boussole

En écrivant ces lignes, j’avais envie, fidèle à mon habitude, de me confesser. Il y a quelque temps, j’ai bousculé la vie pour qu’elle me force à grandir, alors que j’aurais peut-être dû être plus patiente. J’ai pris le taureau par les cornes, comme on dit, et j’ai tout quitté pour réaliser mes rêves les plus fous. Amis, famille, copain, ville… J’ai mis ma vie entre parenthèses éloignées l’une de l’autre par près de 170 kilomètres.

Même ma raison n’a pas voulu me suivre sur ce roadtrip. M’a te le dire honnêtement, c’est une maudite longue parenthèse et je me suis maintes fois éparpillée. J’aurais dû y mettre un peu plus de ponctuation…

Mes pensées toutes mêlées ont laissé sommeiller en moi des doutes beaucoup trop pesants pour mon petit corps de jeune fille. Je me confesse davantage : arrivée dans ma nouvelle vie, j’ai appelé mon passé pour qu’il me remette sur le droit chemin.

Je voulais lui expliquer qu’au final, ce n’était peut-être pas pour moi l’université. Que je n’avais pas la maturité nécessaire pour fréquenter ce genre d’institution. Que je devrais peut-être retourner travailler à temps plein à mon ancienne job, histoire d’avoir cette petite période de réflexion sur ce que je voulais profondément faire quand je deviendrai cette fille que j’ai cru que j’étais. Que je doutais de ma capacité à vieillir et mûrir aussi rapidement.

Crédit photo: Aaron Burden

Ma mère a décroché le téléphone. C’était mon avenir qui parlait à travers ses lèvres. « Qu’est-ce que tu veux faire quand tu seras grande? »

On t’a probablement aussi posé cette question fatidique lorsque ton âge se comptait encore sur les doigts d’une seule main. Ou bien tu l’as entendue de tes oncles et tantes dans un party de Noël, qui soulignaient, par le fait même, à quel point tu avais poussé comme de la mauvaise herbe depuis ta dernière visite. Et probablement qu’à l’époque, tout le monde était indifférent au fait que tu voulais être une princesse ou un ninja, parce que demain matin, la réponse aurait été complètement différente. L’interrogation en soi n’était que pure courtoisie enfantine et parce qu’on va se le dire, c’est cute des enfants qui rêvent à l’impossible.

Cette question, je me la pose encore tous les jours. Et si je n’obtenais jamais réponse à mes doutes? Après tout, je fuis la routine comme la peste et pars à la quête de nouveaux défis quand l’ennui devient omniprésent dans mon quotidien. Je joue à saute-mouton avec mes passe-temps, parce que rien n’a pu, jusqu’à présent, rassasier mon appétit sans fin. Bref, je suis une passionnée fidèle­, oui, mais passionnée par quoi… je ne sais pas.

Je ne te cache pas que le fait de sauter d’une passion à l’autre (et d’y revenir, de temps en temps), de ne pas savoir où m’orienter et d’arriver à ce point où je me lasse de mes propres intérêts représentent une énorme source d’anxiété. Ça me tient parfois éveillée la nuit. Comme si chaque être humain ne pouvait se nourrir que d’une seule passion et que j’étais parmi ceux qui se lançaient un peu partout dans le buffet, sans trop avoir compris les règles du jeu. Comme si je devais absolument entrer dans le moule uniformisant qu’est notre système scolaire où chacun sait ce qui occupera ses journées jusqu’à la retraite.

J’avoue même avoir posé la fameuse question à d’autres adultes : mes parents, mes enseignants, mes amis, des inconnus… L’idée peut sembler étrange, certes, mais cache une réflexion beaucoup plus profonde qu’elle n’y parait : quand est-ce qu’on arrête de grandir? Avons-nous, comme la nourriture, une date d’expiration, qui une fois atteinte, nous empêche de nous épanouir davantage, pour nous faire régresser à petit feu?

Two children hold hands while walking away from the camera in a meadow

Crédit photo : Annie Spratt

J’ai l’impression que d’arrêter de poser cette question revient à dire que quelque part, on n’a plus le droit de rêver. Triste, non?

Pourtant, tous les jours, on grandit, on apprend, on reçoit et on acquiert. Et plus le temps passe, plus on s’éloigne de ce rêve qu’on chérissait, parfois un peu honteusement, parce que l’espoir du passé se voit camouflé par un avenir qui se conforte dans la routine et l’immobilisme. La brume d’un rêve inachevé effacé par l’excuse temporelle.

Et l’on pense à tort que ce qui ne s’est pas encore produit n’arrivera jamais, délaissant l’ambition qui nous nourrissait et continuant notre chemin sur la route de la vie. Penses-y : enfant, on joue dans le présent tout en rêvant à demain; adulte, on rêve au présent, en pensant jouer demain, parce qu’on n’a pas le temps aujourd’hui.

Alors ne t’inquiète pas si, comme moi, tu as perdu la boussole de la vie. Le monde a besoin de gens créatifs qui pensent out of the box. Des gens qui, souvent, n’auraient jamais pensé devenir les personnes qu’elles sont aujourd’hui. Des gens comme toi et moi… quand on aura grandi.

Couverture : photo de Heidi Sandstorm

Cet article était originellement publié sur un autre blogue. 

2 Replies to “Grandir m’a fait perdre le nord”

  • Ah j ai l impression de me revoir plus jeune en te lisant… la réponse que j ai mis bien trop longtemps à trouvé réside à changer la question: ce n est pas Qu est ce que je veux faire plus tard. Cette question est horrible car y répondre te donne le sentiment de devoir fermer toutes les portes des autres possibles… et pour une amoureuse de la vie c est comme une mort a petit feu. Non la vraie question est : comment aujourd’hui j ai envie d améliorer le monde. Qui est je envie d aider? Que puis je apporter pour le rendre un peu meilleur ? Changer le quotidien d une âme par mon sourire? Mes connaissances ? Mes soins? C est cela qui change tout. Puisse cette découverte perso t aider dans tes choix de vie ❤️

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